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Table-ronde culture [Congrès 2026 | Comptes-rendus]

03 juillet 2026

Les 3 et 4 juillet 2026, le Point Fort d’Aubervilliers a accueilli le 4e Congrès des Boîtes à Vélo France. Durant deux jours, cyclo-professionnels, collectivités, institutions et partenaires privés se sont réunis pour échanger autour du développement du vélo-cargo et de sa place grandissante dans les politiques de mobilité et de logistique urbaine. Retrouvez les comptes-rendus des différents temps forts !

Quand le vélo devient un outil de création culturelle

Peut-on imaginer des spectacles, des concerts ou des séances de cinéma conçus autour du vélo ? Peut-on faire de la mobilité douce un élément central d’un projet culturel plutôt qu’un simple mode de déplacement ?

C’est autour de ces questions que s’est tenue la table ronde Culture du Congrès des Boîtes à Vélo France, réunissant Florence Bouvier, coordinatrice de Cinécyclo, et Amandine Steblin, productrice et programmatrice au sein du collectif Slowfest et du réseau Armodo.

À travers leurs expériences respectives, les deux intervenantes ont montré que le vélo peut transformer non seulement la manière de se déplacer, mais aussi la façon de créer, de diffuser et de vivre la culture.

  1. Slowfest : faire voyager les spectacles à vélo

Basé en Gironde, Slowfest développe depuis plusieurs années des projets artistiques itinérants fondés sur la mobilité douce.

Les équipes, les artistes et les techniciens se déplacent principalement à vélo pour rejoindre les lieux de représentation. Le matériel est transporté grâce à des remorques spécialement aménagées, parfois équipées de panneaux solaires, permettant de limiter au maximum le recours aux véhicules motorisés.

Les concerts eux-mêmes intègrent souvent cette philosophie. Les instruments utilisés peuvent être fabriqués à partir de matériaux recyclés ou détournés de leur usage initial. Certaines créations vont encore plus loin avec des dispositifs produisant de l’électricité ou de la lumière grâce au pédalage du public.

L’objectif n’est pas uniquement de réduire l’impact environnemental des événements, mais aussi de montrer que d’autres manières de produire et de partager la culture sont possibles.

  1. Faire du trajet une partie du spectacle

L’une des particularités des projets portés par Slowfest est d’intégrer le déplacement lui-même à l’expérience culturelle.

À travers le festival Les Furtives ou les Slow Parades, les artistes rejoignent les lieux de représentation à vélo en traversant villes et villages. Le public découvre alors progressivement le projet au fil du passage du cortège.

Selon Amandine Steblin, cette approche génère souvent curiosité et émerveillement. Voir arriver des artistes tractant leurs instruments ou leur matériel en remorques crée immédiatement un lien particulier avec le public. L’effort fourni pour venir jusqu’aux spectateurs devient lui-même porteur de sens.

Certaines expérimentations prennent même des formes spectaculaires, comme ces DJ sets réalisés depuis une baignoire tractée par un vélo ou encore les dispositifs de production lumineuse alimentés par le public.

  1. Quand la sobriété stimule la créativité

L’un des enseignements majeurs de la table ronde concerne le rapport entre contrainte et créativité.

Pour les équipes de Slowfest, le choix du vélo impose une réflexion permanente sur le poids du matériel, les besoins techniques, les ressources disponibles sur le territoire ou encore les conditions d’accueil.

Loin d’être vécue comme une limitation, cette contrainte devient souvent un moteur d’innovation. Les artistes sont amenés à imaginer des scénographies plus légères, à détourner certains objets de leur usage initial et à concevoir des spectacles adaptés aux capacités de transport disponibles.

Cette logique de sobriété dépasse largement la question du transport. Elle touche également les décors, les accessoires, les instruments et même la manière de concevoir les événements culturels.

  1. Cinécyclo : le cinéma alimenté par l’énergie humaine

De son côté, Cinécyclo propose depuis plus de dix ans des projections de cinéma en plein air fonctionnant grâce à l’énergie produite par le pédalage.

Le principe est simple : un vélo installé sur une génératrice permet d’alimenter le vidéoprojecteur et le système sonore nécessaire à la diffusion du film. Tout au long de la projection, des volontaires se relaient pour produire l’électricité nécessaire.

L’association privilégie des équipements légers et facilement transportables, permettant de rejoindre les lieux de projection principalement à vélo ou en combinant vélo et train.

Cette simplicité technique ouvre de nombreuses possibilités d’implantation. Les projections peuvent être organisées dans des villages, des places publiques, des tiers-lieux, des parcs ou même en pleine nature.

  1. Une autre façon de vivre le cinéma

Au-delà de son aspect technique, Cinécyclo transforme également la relation du public à la projection.

Le fait de devoir pédaler pour alimenter le film suscite systématiquement la curiosité. Les spectateurs deviennent acteurs de l’événement et prennent conscience de manière concrète des besoins énergétiques liés à la diffusion d’images.

Cette participation crée une expérience collective différente du cinéma traditionnel. Les séances prennent souvent la forme de moments conviviaux mêlant découverte culturelle, sensibilisation aux enjeux environnementaux et rencontres entre habitants.

La programmation, composée en grande partie de documentaires et de films engagés, renforce cette dimension pédagogique tout en conservant une approche ludique et accessible à tous les publics.

  1. Repenser les déplacements des spectateurs

Les échanges ont également porté sur un enjeu souvent sous-estimé : les déplacements du public.

Comme l’a rappelé l’animateur de la table ronde, la majorité de l’empreinte carbone d’un événement culturel provient généralement des trajets effectués par les spectateurs pour s’y rendre.

Pour répondre à cette problématique, Slowfest développe des dispositifs encourageant les mobilités douces. Des convois à vélo sont organisés depuis plusieurs points de rendez-vous afin d’inciter le public à rejoindre collectivement les concerts.

Ces trajets deviennent alors une partie intégrante de l’expérience culturelle. Le déplacement n’est plus seulement un moyen d’accéder à un événement, mais un temps partagé qui contribue à créer du lien entre les participants.

  1. Des modèles économiques encore fragiles

Comme de nombreuses initiatives culturelles innovantes, Cinécyclo et Slowfest fonctionnent grâce à un équilibre entre prestations, partenariats et subventions.

Cinécyclo s’appuie principalement sur la vente de prestations auprès des collectivités, complétée par quelques soutiens publics permettant de financer des actions spécifiques. L’association compte aujourd’hui deux salariés et travaille régulièrement avec des indépendants présents sur différents territoires.

Slowfest repose quant à lui sur un modèle hybride associant prestations culturelles, financements publics, engagement bénévole et intermittence. Des subventions permettent ponctuellement de développer de nouveaux outils ou de tester des dispositifs innovants.

Les intervenantes ont toutefois souligné la fragilité de ces modèles économiques et la nécessité d’un soutien durable pour permettre à ces initiatives de se développer à plus grande échelle. [

  1. Des projets qui inspirent les territoires

Les échanges avec le public ont montré que ces expériences suscitent un intérêt croissant de la part des collectivités.

Des exemples ont notamment été cités en Seine-Saint-Denis, où certaines structures culturelles développent déjà des festivals itinérants au pied des immeubles ou dans l’espace public. D’autres témoignages ont mis en avant l’intérêt de ces formats pour valoriser de nouveaux itinéraires cyclables ou encourager la découverte des territoires ruraux.

Plusieurs participants ont souligné que ces initiatives permettent non seulement de réduire l’impact environnemental des événements, mais aussi de renforcer la convivialité, les rencontres et le lien avec les territoires traversés.

  1. Une culture plus proche, plus légère et plus participative

Au terme des échanges, un constat s’est imposé : le vélo n’est pas simplement un outil logistique au service de projets culturels existants.

Dans les expériences présentées, il influence la création artistique, l’organisation des événements, la relation au public et même les imaginaires collectifs.

En introduisant davantage de sobriété, de proximité et de participation, ces initiatives expérimentent de nouvelles façons de faire culture. Elles démontrent qu’il est possible de proposer des expériences riches, festives et ambitieuses tout en réduisant significativement les besoins matériels et énergétiques.

La table ronde a ainsi offert une démonstration concrète d’une idée simple mais puissante : le vélo n’est pas seulement un moyen de transport pour la culture, il peut devenir un véritable moteur de création et d’innovation culturelle.

Crédit photo : Pierre Morel 

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