03 juillet 2026
Les 3 et 4 juillet 2026, le Point Fort d’Aubervilliers a accueilli le 4e Congrès des Boîtes à Vélo France. Durant deux jours, cyclo-professionnels, collectivités, institutions et partenaires privés se sont réunis pour échanger autour du développement du vélo-cargo et de sa place grandissante dans les politiques de mobilité et de logistique urbaine. Retrouvez les comptes-rendus des différents temps forts !
10 professionnels à vélo pour illustrer la diversité d’une filière en plein essor
Comment travaille-t-on au quotidien lorsqu’on choisit le vélo comme principal outil professionnel ? C’est à cette question qu’a répondu cette séquence originale du Congrès des Boîtes à Vélo France.
Animée par Romain Allais, elle a donné la parole à dix adhérents venus de toute la France pour partager leur parcours, leurs réussites, leurs difficultés et leur vision du travail à vélo. De Nantes à La Réunion, en passant par Paris, Lyon, Laval, La Rochelle ou encore la Bretagne, ces témoignages ont illustré la diversité croissante des métiers à vélo.
Parmi les pionniers de la filière, Sonia Boury Bouabdela a présenté l’aventure de Ze Plombier, entreprise nantaise créée il y a plus de quinze ans.
À ses débuts, l’entreprise utilisait des triporteurs, avant de passer progressivement à une flotte de vélos-cargos plus adaptés aux contraintes du métier. Aujourd’hui, l’entreprise dispose de plusieurs types de vélos permettant de répondre à différents besoins et différents gabarits de salariés. Au-delà du choix du vélo, Sonia Boury Bouabdela a insisté sur l’importance de l’organisation du travail. La centralisation du service client et de la planification permet aux plombiers de consacrer davantage de temps à leur cœur de métier, tandis que la marque poursuit désormais son développement dans plusieurs villes françaises grâce à un système de licence de marque.
La plomberie était également représentée par Romain Dondelinger, fondateur du Petit Plombier à Vélo à Paris.
Ancien professionnel du marketing reconverti dans l’artisanat, il a construit une activité entièrement organisée autour du vélo-cargo. Son modèle repose principalement sur des interventions de courte durée et un service de proximité dans les arrondissements centraux parisiens. Selon lui, le développement des infrastructures cyclables ces dernières années a profondément facilité son activité. Il observe également une croissance rapide du nombre d’artisans à vélo dans la capitale.
L’expérience montre qu’une grande partie des interventions artisanales peut être réalisée sans véhicule motorisé, y compris pour des équipements relativement volumineux lorsque les approvisionnements sont organisés différemment.
À La Rochelle, Léopoldine Têtenoire a raconté son parcours à travers Vélopoldine.
Partie seule avec un vélo-cargo et une remorque auto-construite à partir de matériaux de réemploi, elle a progressivement développé son activité entre marchés, entreprises, événements, interventions en itinérance et atelier fixe.
L’exemple de La Rochelle illustre le rôle structurant des politiques cyclables locales. La ville bénéficie d’un réseau cyclable développé et accueille plusieurs grands itinéraires nationaux, générant une importante fréquentation cyclotouristique. Cette dynamique favorise le développement d’activités économiques liées au vélo.
Aujourd’hui, l’entreprise a grandi et s’est structurée autour d’un atelier partagé et d’une équipe élargie, permettant à sa fondatrice de se consacrer davantage aux interventions extérieures et à la sensibilisation.
Les métiers du bâtiment et de l’intervention en hauteur étaient représentés par Paul Grégori, dirigeant de Montchat Perché à Lyon.
L’entreprise réalise des travaux en hauteur et transporte l’ensemble de son matériel à vélo, y compris les échelles et les équipements lourds nécessaires aux interventions. Les équipes utilisent pour cela des vélos-cargos associés à des remorques adaptées.
À Lyon, la Zone à Faibles Émissions et les contraintes urbaines constituent plutôt un avantage pour ce modèle d’organisation. Selon Paul Grégori, le vélo s’avère souvent plus rentable et plus efficace que les véhicules utilitaires traditionnels.
Comme dans d’autres métiers à vélo, l’entreprise bénéficie aujourd’hui d’un fort pouvoir d’attraction auprès des candidats, avec de nombreuses demandes spontanées motivées par la qualité de vie associée à ce mode de travail.
Charles-Antoine Lelièvre est revenu sur le développement du Lièvre à Vélo à Laval.
Installée dans un territoire peu connu pour sa culture cyclable, l’entreprise démontre pourtant qu’il est possible de développer une activité logistique importante sans infrastructure dédiée. Avec plusieurs vélos-cargos et remorques, elle assure quotidiennement la livraison de colis, palettes et marchandises pour de grands acteurs du transport.
L’activité s’est progressivement diversifiée vers la collecte de déchets, la logistique de proximité et désormais les activités multiservices destinées aux bailleurs sociaux ou aux entreprises.
Cette diversification apparaît comme l’un des leviers majeurs de viabilité économique dans les territoires de taille moyenne.
La Sonnette, représentée par Florent Piponnier, illustre une autre facette du développement économique autour du vélo.
Créée à Grenoble à partir d’un appel à projets soutenu par Les Boîtes à Vélo, cette société coopérative d’intérêt collectif cumule plusieurs activités : vente et réparation de vélos, formation, accompagnement des collectivités, sensibilisation, ateliers participatifs et actions de plaidoyer.
L’objectif est clair : fabriquer des cyclistes autant que vendre des vélos. Cette approche globale permet de travailler simultanément sur les équipements, les compétences et l’acculturation nécessaire au développement de l’usage du vélo.
Enfin, Tristan Simille a apporté un éclairage original depuis La Réunion à travers son activité Goodbye Plastic.
Dans un contexte fortement dominé par la voiture, il utilise un vélo-cargo pour assurer une partie de ses livraisons professionnelles et sensibiliser à d’autres manières de se déplacer.
Même si les contraintes géographiques et le relief limitent certains usages, son expérience démontre qu’il est possible d’adapter les solutions cyclables à des territoires souvent considérés comme peu compatibles avec le vélo.
Pour lui, le vélo constitue autant un outil logistique qu’un moyen d’incarner concrètement les valeurs écologiques défendues par son activité.
Si les métiers présentés étaient très différents, plusieurs points communs sont apparus tout au long de la séquence.
Tous les intervenants ont souligné l’efficacité du vélo dans leurs déplacements quotidiens, son impact positif sur la qualité de vie au travail et sa capacité à attirer salariés, clients ou partenaires.
La plupart ont également évoqué l’importance du réseau, des coopérations locales et de la visibilité apportée par le travail à vélo dans le développement de leur activité.
Enfin, ces dix témoignages ont rappelé que le vélo professionnel n’est plus réservé à une poignée de pionniers. Qu’il s’agisse d’artisanat, de logistique, de commerce, de maintenance ou de services, il constitue aujourd’hui un outil de travail mature, performant et adaptable à une grande diversité de contextes territoriaux.
Cette séquence a ainsi offert un panorama concret de ce que représente aujourd’hui l’économie du vélo : une filière plurielle, innovante et en constante évolution.
Crédit photo : Pierre Morel