02 juillet 2026
Les 3 et 4 juillet 2026, le Point Fort d’Aubervilliers a accueilli le 4e Congrès des Boîtes à Vélo France. Durant deux jours, cyclo-professionnels, collectivités, institutions et partenaires privés se sont réunis pour échanger autour du développement du vélo-cargo et de sa place grandissante dans les politiques de mobilité et de logistique urbaine. Retrouvez les comptes-rendus des différents temps forts !
Grand Quizz de la Transition : décarboner, inclure et transformer les organisations
Comment accompagner concrètement les transitions dans les entreprises et les collectivités ? Comment faire du vélo un outil de transformation organisationnelle, sociale et environnementale ? C’est autour de ces questions qu’était organisé le Grand Quizz de la Transition, animé par le journaliste et consultant Jérôme Sorrel, avec la participation de Léopold Gay – Chef logistique chez Acorus, Thomas Brunelle – Adjoint à la cheffe de la circonscription fonctionnelle, Direction de la Propreté et de l’Eau Ville de Paris et Audrey Landon – Co-fondatrice les Roues Libres.
À travers une série de questions adressées aux intervenants et au public, cette séquence a permis de mettre en lumière les freins, les leviers et les enseignements issus de plusieurs projets de transition autour des mobilités professionnelles et du vélo-cargo.
Les échanges ont d’abord montré à quel point l’image du vélo-cargo a évolué ces dernières années.
Du côté de la Ville de Paris, le recours au vélo-cargo n’est pas devenu une obligation réglementaire, mais les Jeux olympiques de Paris 2024 ont constitué un puissant accélérateur. Cette période a servi de terrain d’expérimentation grandeur nature pour tester de nouvelles organisations et démontrer les capacités opérationnelles du vélo dans des contextes complexes.
Léopold Gay a également expliqué que chez Acorus, le déclencheur de la stratégie vélo avait été fortement lié à cette dynamique de transformation. Au-delà du simple changement de véhicule, l’ambition était de construire un véritable écosystème de mobilité plus durable et plus cohérent avec les engagements environnementaux de l’entreprise.
Parmi les dispositifs mis en place figure notamment un mécanisme inspiré du coût complet des véhicules de fonction, permettant aux salariés de bénéficier d’un budget dédié à leurs mobilités douces et à leurs usages professionnels.
Un message est revenu tout au long des échanges : le principal défi n’est pas technologique mais humain.
Audrey Landon a insisté sur la nécessité de sortir des approches en silo. Pour réussir une transition, il ne suffit pas qu’une direction décide d’un changement. Il est indispensable que celui-ci soit compris, accepté et porté par l’ensemble des niveaux de l’organisation.
Les intervenants ont ainsi souligné l’importance de disposer d’un sponsor fort au sein de la structure, capable d’impulser la démarche. Mais cette impulsion ne suffit pas à elle seule. Les projets réussissent également grâce à l’identification d’ambassadeurs, capables de démontrer concrètement les bénéfices des nouvelles pratiques et de faire évoluer progressivement les représentations collectives.
Cette réflexion s’applique aussi bien aux entreprises privées qu’aux collectivités. Si les temps de décision sont souvent plus courts dans le secteur privé, les phases d’appropriation et d’accompagnement restent incontournables.
À la Ville de Paris, Thomas Brunelle a ainsi indiqué qu’entre la décision de déployer un nouveau dispositif et sa mise en œuvre effective, plusieurs mois peuvent être nécessaires. Les achats de matériel sont relativement rapides, mais les enjeux de formation, d’accompagnement des agents et de conduite du changement représentent la partie la plus longue du processus.
L’un des enseignements marquants du quizz concerne les freins souvent sous-estimés dans les projets de transformation.
Interrogés sur les principaux « impensés » rencontrés dans leurs expériences respectives, les intervenants ont d’abord évoqué la question des compétences et de l’accompagnement des agents. Changer d’outil implique souvent de nouvelles pratiques professionnelles qui nécessitent du temps, de la formation et parfois un changement de posture.
Un autre point soulevé concerne l’attachement émotionnel aux véhicules utilitaires traditionnels. Pour certaines équipes, le véhicule constitue un repère professionnel fort. Son remplacement par un vélo-cargo ne se résume donc pas à une question technique mais touche également à l’identité professionnelle.
Les intervenants ont rappelé l’importance de créer de nouveaux imaginaires autour du vélo professionnel et de valoriser les bénéfices qu’il apporte au quotidien.
Plusieurs exemples présentés ont montré que les bénéfices dépassent largement les seuls enjeux environnementaux.
Le vélo-cargo permet notamment d’élargir les possibilités de recrutement en intégrant des personnes qui ne disposent pas du permis de conduire. Il favorise également une meilleure qualité de vie au travail et peut contribuer à rendre certains métiers plus attractifs.
Les gains opérationnels sont également réels. Les intervenants ont cité des retours d’expérience montrant qu’à Paris, l’utilisation du vélo-cargo permettait jusqu’à 40 % de temps de déplacement en moins sur certaines missions. Le temps économisé peut alors être réinvesti dans la relation client ou dans des activités à plus forte valeur ajoutée.
Cette performance suppose toutefois une réorganisation globale des flux et un travail étroit avec les fournisseurs pour adapter les modes de livraison et les approvisionnements, notamment sur les chantiers.
Une large partie des échanges a porté sur la place des femmes dans les métiers du vélo et plus largement dans les secteurs techniques.
Les intervenants ont rappelé que la filière vélo demeure aujourd’hui très masculine. Selon les données évoquées pendant le quizz, les femmes représenteraient environ 18 % des effectifs de l’économie du vélo et seulement 7 % dans certaines activités liées à la cyclologistique.
Chez Acorus, l’exemple cité d’une seule femme parmi une vingtaine de techniciens illustre les difficultés rencontrées dans de nombreux métiers techniques.
Pour Audrey Landon, la mixité ne peut pas être considérée comme une conséquence automatique de la transition écologique. Elle doit être travaillée explicitement. Cela passe par des équipements adaptés à toutes les morphologies, des parcours de formation accessibles, des actions de sensibilisation aux stéréotypes et une attention particulière portée aux conditions d’accueil.
Les intervenants ont également insisté sur l’importance de lutter contre les violences sexistes et sexuelles, encore présentes dans de nombreuses filières techniques. Formation, information et politiques internes jouent un rôle essentiel dans la création d’environnements de travail inclusifs.
Plusieurs exemples ont montré que certaines mesures, comme les congés menstruels ou les politiques volontaristes en faveur de l’égalité professionnelle, peuvent constituer des leviers concrets pour améliorer l’inclusion et encourager la diversification des profils.
En conclusion, ce Grand Quizz a rappelé que les enjeux de mobilité durable ne peuvent être dissociés des enjeux sociaux et humains.
Au-delà de la décarbonation des activités, les transitions réussies reposent sur la capacité des organisations à embarquer leurs équipes, à former leurs collaborateurs, à adapter leurs équipements et à créer des environnements de travail plus inclusifs.
Le vélo-cargo apparaît ainsi non seulement comme un outil logistique performant, mais aussi comme un levier de transformation des organisations, capable d’améliorer la qualité de vie au travail, d’élargir les opportunités de recrutement et de favoriser une transition plus juste et plus inclusive.
L’un des messages forts de cette séquence peut se résumer ainsi : la transition écologique ne réussira durablement que si elle est aussi une transition humaine et sociale.
Crédit photo : Pierre Morel