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Table-ronde Europe [Congrès 2026 | Comptes-rendus]

03 juillet 2026

Les 3 et 4 juillet 2026, le Point Fort d’Aubervilliers a accueilli le 4e Congrès des Boîtes à Vélo France. Durant deux jours, cyclo-professionnels, collectivités, institutions et partenaires privés se sont réunis pour échanger autour du développement du vélo-cargo et de sa place grandissante dans les politiques de mobilité et de logistique urbaine. Retrouvez les comptes-rendus des différents temps forts !

Cyclologistique : l’Europe face au défi du changement d’échelle

Alors que les objectifs européens de neutralité carbone imposent une transformation profonde des mobilités et des transports, la cyclologistique apparaît désormais comme l’une des solutions les plus prometteuses pour décarboner la logistique urbaine.

Réunis lors de cette table ronde européenne, représentants institutionnels, industriels et acteurs de la filière ont échangé sur les opportunités, les freins et les leviers nécessaires pour accélérer le développement du vélo-cargo à l’échelle du continent. Animée par Philippe Van de Casteele – directeur général de la Belgian Cycle Logistics Federation, la discussion a réuni Carmen Estèves Martinez – Founder Bikelogic, le député européen François Kalfon, Yolaine Urvoy – Directrice des Boîtes à Vélo France et Paul Walsh – CEO de l’European Cycling Industries.

  1. Une filière européenne en pleine croissance

Dès l’ouverture des échanges, les intervenants ont souligné la montée en puissance de la cyclologistique dans de nombreux pays européens.

Partout en Europe, les acteurs de la filière partagent un objectif commun : contribuer à la décarbonation des transports en développant des solutions logistiques plus sobres, plus résilientes et plus adaptées aux centres urbains. Cette dynamique s’inscrit pleinement dans le cadre du Green Deal européen, qui fixe l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050.

La France occupe aujourd’hui une place particulière dans ce paysage européen. Avec une filière structurée et une fédération nationale reconnue, elle constitue un modèle d’inspiration pour plusieurs pays voisins, notamment la Belgique et l’Espagne, qui ne disposent pas encore d’organisations nationales aussi développées.

Les Boîtes à Vélo France apparaissent ainsi comme un acteur de référence pour accompagner la professionnalisation du secteur et favoriser les échanges d’expériences à l’échelle européenne.

  1. Un potentiel de report modal considérable

Les discussions ont mis en lumière le potentiel encore largement inexploité de la cyclologistique.

Aujourd’hui, la filière représente plusieurs milliers d’emplois en France. Mais les perspectives de développement sont beaucoup plus importantes encore. Les projections évoquées lors de la table ronde montrent qu’une part significative des véhicules utilitaires légers pourrait à terme être remplacée par des vélos-cargos pour une partie des flux urbains.

Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs : congestion des centres-villes, contraintes d’accès, coût croissant de l’énergie, exigences environnementales et recherche de solutions plus performantes pour le dernier kilomètre.

Les intervenants ont cependant rappelé qu’un tel changement d’échelle nécessitera d’importants investissements dans les infrastructures, les équipements et les capacités de production industrielle.

Comme l’a souligné Paul Walsh, si le vélo-cargo devait atteindre des niveaux de part modale beaucoup plus importants dans la logistique urbaine européenne, les villes devraient être en mesure d’accueillir et d’accompagner cette transformation à travers des politiques adaptées et une anticipation des besoins logistiques.

  1. Verdir les flottes d’entreprise : une priorité européenne

L’un des sujets centraux des échanges a concerné la place du vélo-cargo dans les stratégies de décarbonation des flottes professionnelles.

François Kalfon a rappelé son engagement au Parlement européen pour mieux intégrer le vélo dans les textes législatifs liés aux transports et à la mobilité. À plusieurs reprises, des amendements ont été proposés afin d’introduire explicitement le vélo-cargo dans les dispositifs destinés aux entreprises.

Cette question apparaît d’autant plus importante que la transition vers les véhicules utilitaires légers électriques rencontre aujourd’hui plusieurs obstacles : coût d’acquisition élevé, difficultés de recharge et contraintes opérationnelles pour certains usages professionnels.

Dans ce contexte, le vélo-cargo peut jouer un rôle complémentaire. L’idée n’est pas de remplacer systématiquement tous les utilitaires mais d’intégrer le vélo-cargo comme composante à part entière des flottes professionnelles lorsque les usages le permettent.

Le développement du leasing et des dispositifs de financement dédiés a également été identifié comme un levier important. Plusieurs exemples observés en Allemagne montrent déjà que certaines entreprises proposent à leurs salariés le choix entre voiture de fonction et vélo de fonction.

Pour Yolaine Urvoy, l’enjeu est également symbolique : tant que le vélo-cargo n’est pas pleinement reconnu comme un véritable outil professionnel de transport, son développement restera limité par de nombreux freins réglementaires et administratifs.

  1. Les villes européennes au cœur de la transformation

Les collectivités locales apparaissent comme des acteurs clés du changement.

Carmen Estèves Martinez a notamment partagé l’exemple de l’Espagne, où plusieurs grandes villes ont déjà intégré les vélos-cargos dans leurs stratégies de mobilité et de logistique urbaine. Barcelone est régulièrement citée comme un modèle pour son approche proactive en faveur des mobilités durables.

Cependant, des obstacles demeurent. Certains cadres réglementaires nationaux ne sont pas encore totalement adaptés aux nouveaux usages du vélo-cargo, notamment lorsqu’il s’agit de transporter des marchandises à forte valeur ajoutée ou soumises à des contraintes spécifiques.

L’accompagnement des villes devient donc essentiel pour garantir une intégration efficace de la cyclologistique dans les systèmes de transport urbains. L’European Cycling Industries travaille d’ailleurs à la production d’outils et de guides destinés à aider les collectivités à anticiper cette transformation.

  1. La commande publique comme moteur de développement

Les participants ont également insisté sur le rôle stratégique de la commande publique.

Pour Yolaine Urvoy, l’un des leviers prioritaires consiste à construire des marchés publics mieux adaptés aux réalités opérationnelles des entreprises de cyclologistique. La régularité des flux, la visibilité des marchés et la prise en compte des contraintes métiers sont autant d’éléments déterminants pour permettre aux opérateurs de se structurer durablement.

Au-delà de la commande publique, les fonds européens constituent également une opportunité importante pour accélérer le développement du secteur. Plusieurs programmes ont été évoqués, notamment les fonds FEDER, Horizon Europe ou encore le Fonds social pour le climat, qui peuvent financer des infrastructures cyclables, des projets innovants ou des dispositifs d’accompagnement à la transition écologique. [

Les intervenants ont toutefois souligné que ces mécanismes restent encore trop peu connus et insuffisamment mobilisés par de nombreux acteurs locaux.

  1. Des enjeux industriels et de standardisation à relever

La dernière partie des échanges s’est concentrée sur les enjeux industriels.

Avec la montée en puissance des vélos-cargos, les constructeurs sont confrontés à de nouveaux besoins en matière de puissance, de capacité de transport, de sécurité et de normalisation. Plusieurs participants ont notamment interrogé les intervenants sur la concurrence croissante des fabricants non européens, capables de proposer des motorisations très performantes pour certains usages professionnels.

Paul Walsh a souligné l’importance de construire des standards adaptés aux besoins réels des opérateurs tout en accompagnant le développement d’une industrie européenne compétitive. L’évolution des catégories techniques et des normes pourrait notamment permettre une meilleure adaptation des véhicules aux usages logistiques professionnels.

Pour plusieurs intervenants, la cyclologistique représente également une opportunité industrielle majeure pour l’Europe, capable de soutenir une filière de production locale créatrice d’emplois et de valeur.

  1. Une priorité claire : faire reconnaître le vélo-cargo comme un outil professionnel

Invités à identifier une mesure prioritaire à mettre en œuvre rapidement, plusieurs intervenants ont convergé vers le même objectif : faire entrer pleinement le vélo-cargo dans les politiques de gestion des flottes professionnelles.

Cette reconnaissance constituerait un signal fort pour les entreprises, les collectivités et les industriels. Elle permettrait d’accélérer les investissements, de développer de nouveaux usages et de renforcer la crédibilité d’une filière déjà en forte croissance.

Au fil des échanges, un message s’est imposé : la technologie existe, les solutions sont opérationnelles et les usages se développent. Le principal défi réside désormais dans la capacité des politiques européennes et nationales à créer les conditions nécessaires au changement d’échelle.

Pour les acteurs réunis lors de cette table ronde, l’avenir de la cyclologistique européenne dépendra autant de l’innovation que de la reconnaissance institutionnelle et de l’ambition politique accordées à cette filière stratégique.

Crédit photo : Pierre Morel 

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