02 juillet 2026
Les 3 et 4 juillet 2026, le Point Fort d’Aubervilliers a accueilli le 4e Congrès des Boîtes à Vélo France. Durant deux jours, cyclo-professionnels, collectivités, institutions et partenaires privés se sont réunis pour échanger autour du développement du vélo-cargo et de sa place grandissante dans les politiques de mobilité et de logistique urbaine. Retrouvez les comptes-rendus des différents temps forts !
Aurélien Bigo : repenser les mobilités pour réussir la transition écologique
Pour clôturer la première journée du Congrès, Les Boîtes à Vélo France ont donné la parole à Aurélien Bigo, chercheur spécialisé dans la transition énergétique des transports. Son intervention a permis de prendre du recul sur les échanges de la journée en replaçant les cyclomobilités professionnelles dans le contexte plus large de la transition des mobilités et de la décarbonation des transports.
À travers une présentation pédagogique s’appuyant sur de nombreuses données, il a rappelé les défis auxquels la société est confrontée et les transformations nécessaires pour atteindre les objectifs climatiques des prochaines décennies.
Aurélien Bigo a commencé par revenir sur les évolutions majeures observées au cours du dernier siècle.
En un peu plus de cent ans, les distances parcourues quotidiennement par les personnes ont été multipliées par dix. Cette évolution a été accompagnée par une montée en puissance de la voiture individuelle dans les déplacements quotidiens et du transport routier dans la logistique des marchandises.
Cette augmentation constante des distances et des flux a facilité de nombreuses activités économiques et sociales, mais elle s’est également traduite par une hausse importante des consommations d’énergie, des émissions de gaz à effet de serre et de divers impacts environnementaux.
Même si les émissions du secteur des transports ont commencé à diminuer ces dernières années, les résultats restent insuffisants au regard des objectifs nationaux. Les trajectoires de réduction des émissions ont d’ailleurs été révisées à plusieurs reprises afin de tenir compte du retard accumulé.
Pour atteindre les objectifs climatiques de 2030 puis de neutralité carbone à l’horizon 2050, le secteur des transports devra donc connaître des évolutions beaucoup plus rapides que celles observées jusqu’à présent.
Face à ce constat, Aurélien Bigo a rappelé les cinq grands leviers identifiés par la Stratégie nationale bas carbone pour réduire les émissions des transports.
Le premier consiste à réduire la demande de transport en favorisant davantage de proximité dans les déplacements quotidiens et en limitant les besoins de mobilité longue distance. Cela renvoie aux questions d’aménagement du territoire, d’urbanisme et d’organisation des activités.
Le deuxième levier repose sur le report modal, c’est-à-dire sur le développement des modes les moins émetteurs comme la marche, le vélo, les transports en commun ou encore le ferroviaire.
Le troisième concerne l’amélioration du remplissage des véhicules, notamment grâce au covoiturage pour le transport de personnes ou à une meilleure mutualisation des flux pour le transport de marchandises.
Le quatrième vise à réduire les consommations énergétiques des véhicules eux-mêmes grâce à des véhicules plus sobres, plus légers et plus efficaces.
Enfin, le cinquième levier consiste à décarboner l’énergie utilisée en remplaçant progressivement les carburants fossiles par des solutions moins émettrices, notamment l’électricité.
Ces leviers s’appliquent aussi bien aux déplacements des personnes qu’au transport de marchandises.
L’un des messages principaux de l’intervention a porté sur les limites d’une vision exclusivement technologique de la transition.
Si la voiture électrique constitue indéniablement un progrès par rapport à la voiture thermique, elle ne permet pas à elle seule de répondre à l’ensemble des défis environnementaux.
Aurélien Bigo a rappelé que les véhicules électriques demeurent consommateurs de ressources importantes, notamment pour la fabrication des batteries. Ils restent également plus lourds et plus énergivores que d’autres modes de déplacement comme le vélo ou les véhicules intermédiaires.
En comparaison, une voiture demeure environ cent fois plus lourde qu’un vélo et mobilise une puissance bien supérieure, alors même que dans la majorité des cas ces deux véhicules transportent une seule personne.
Il existe donc un important potentiel de développement pour des solutions plus sobres, adaptées aux usages réels et moins consommatrices de ressources.
Aurélien Bigo a consacré une partie importante de son intervention aux véhicules intermédiaires, qu’il présente comme l’un des grands chantiers à venir de la mobilité durable.
Situés entre le vélo et la voiture, ces véhicules permettent de répondre à davantage d’usages tout en restant beaucoup plus sobres que les automobiles traditionnelles.
Ils regroupent aussi bien les vélos-cargos, les vélos à assistance électrique, les quadricycles légers, les mini-voitures ou encore les « vélos-voitures » qui commencent à apparaître sur le marché.
Pour illustrer les enjeux liés à la consommation de ressources, l’intervenant a proposé plusieurs comparaisons frappantes. Avec l’équivalent de 100 kWh de batteries, il est possible d’équiper un gros véhicule électrique, deux citadines, quatorze quadricycles légers ou près de deux cents vélos à assistance électrique.
Ces ordres de grandeur montrent que les choix de mobilité réalisés aujourd’hui auront des conséquences importantes sur les besoins futurs en ressources, en matériaux et en énergie.
Pour Aurélien Bigo, la transition passe également par une meilleure adéquation entre les besoins de déplacement et les modes utilisés.
Aujourd’hui, la voiture reste le « couteau suisse » de la mobilité française et est utilisée pour une grande diversité de trajets, y compris lorsque des alternatives plus sobres existent.
Les données de mobilité montrent pourtant que la marche domine naturellement les trajets de moins d’un kilomètre et que le vélo dispose encore d’un important potentiel de développement sur les distances plus longues. L’intervenant rappelle notamment que la pratique du vélo reste plusieurs fois inférieure à celle observée dans des pays comme les Pays-Bas.
Les vélos à assistance électrique et les vélos-cargos permettent aujourd’hui d’élargir considérablement le champ des déplacements réalisables à vélo et offrent des alternatives crédibles à la voiture pour de nombreux usages professionnels comme personnels.
La fin de l’intervention a été consacrée à la place de la cyclologistique dans la transition des transports.
Aujourd’hui, le transport routier reste largement dominant dans la logistique urbaine. Pourtant, sur de nombreux flux de proximité, les véhicules utilitaires légers pourraient être remplacés par des solutions cyclologistiques.
Selon Aurélien Bigo, le vélo-cargo constitue l’une des réponses les plus cohérentes aux enjeux actuels. Il permet simultanément de réduire les émissions de CO₂, la consommation d’énergie, les besoins en ressources, l’occupation de l’espace public et les nuisances urbaines.
Au-delà de la question climatique, il répond également à d’autres enjeux majeurs tels que la qualité de l’air, la lutte contre la sédentarité, la réduction des coûts de mobilité ou encore l’amélioration de l’accessibilité pour certains publics.
L’intervenant a ainsi rappelé que les cyclomobilités professionnelles ne constituent pas seulement une solution de décarbonation mais un véritable outil de transformation des systèmes de mobilité.
En clôturant cette première journée du Congrès, Aurélien Bigo a invité les participants à dépasser une vision exclusivement technologique de la transition.
Si l’électrification des véhicules reste indispensable, elle doit s’accompagner d’une réflexion plus large sur les usages, les distances parcourues, les besoins réels de mobilité et la sobriété des solutions déployées. [
Dans cette perspective, les vélos, vélos-cargos et véhicules intermédiaires apparaissent comme des réponses particulièrement pertinentes pour construire un système de mobilité plus durable, plus accessible et moins consommateur de ressources.
Le message final est clair : la transition des transports ne se résume pas à changer l’énergie des véhicules, mais à repenser en profondeur la manière dont nous nous déplaçons et transportons les marchandises.
Crédit photo : Pierre Morel